Nation

Dépassement des budgets et des délais, non-respect du schéma directeur, imperfections en matière de constitution de réserves foncières… les dysfonctionnements au sein de l’Office national des aéroports (ONDA) sont multiples.

Dans son rapport annuel au titre des années 2016 et 2017, la Cour des comptes dénonce des surcoûts importants dans la réalisation des différents projets lancés par l’Office. «Les développements prévus dans le schéma directeur ne sont pas déclinés au niveau des plans stratégiques pluriannuels», annonce d’emblée le rapport élaboré par les magistrats de la Cour des comptes dans son volet relatif à la gestion des aéroports par l’Office national des aéroports (ONDA). Mettant à nu les dysfonctionnements enregistrés au niveau de cet Office, le rapport de la juridiction financière, concernant les années 2016 et 2017, a mis en avant plusieurs anomalies au niveau de la planification des projets aéroportuaires. En effet, en plus de la non-déclinaison des orientations du schéma directeur au niveau des plans stratégiques pluriannuels, le rapport rappelle la non-conformité des caractéristiques de certains projets aux orientations du schéma directeur. Dans ce sens, les magistrats de la Cour relèvent que «les caractéristiques planifiées (superficie, capacité…) ne sont pas toujours mises en exécution, et que celles retenues ne le sont pas toujours sur la base d’études suffisamment justifiées et documentées». S’agissant de la mise en œuvre des projets aéroportuaires, les magistrats de la Cour des comptes ont examiné la conduite des différentes phases des projets ainsi que les coûts et les délais de leur réalisation. Dans ce sens, le rapport souligne que l’ONDA a dû renoncer à la conception initiale de certains projets après le démarrage de leur réalisation. La raison donnée par l’Office pour expliquer ces changements est que «le concept architectural retenu initialement s’est avéré inapproprié», souligne le rapport qui met en avant «des surcoûts importants et un allongement significatif des délais de réalisation» liés à l’introduction des nouvelles modifications.

Mettant en avant le cas du projet d’extension et de réaménagement du Terminal 1 de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, les équipes de Driss Jettou ont souligné que ce projet «a été marqué par des anomalies en matière de conception ayant donné lieu à une succession de décisions de modifications qui en ont compromis la livraison dans les délais prévus». Plus en détail, le rapport mis en ligne par les services de la Cour des comptes affirme que les différentes décisions liées à l’exécution de ce projet ont rendu difficile l’installation de certains équipements commandés conformément à la version initiale du projet. «La durée liée au blocage du projet et ensuite à sa redéfinition les a rendus, dans leur majorité, inutilisables, en essuyant la perte financière qui en découle dont le montant a atteint près de 40,7 millions de DH», lit-on sur le document. L’aéroport Fès-Saïss a vécu une situation similaire. En effet, la réalisation du projet de construction du deuxième terminal de cette plateforme a donné lieu à une modification architecturale considérable au niveau de l’aérogare, consistant à modifier la façade extérieure en vitrage extérieur collé et à adapter des lots architecturaux au nouveau concept. «Cette modification a engendré un surcoût de près de 47,9 millions de DH par rapport au coût initialement engagé», précise le rapport. Pour rappel, le Maroc dispose actuellement d’un réseau d’infrastructures aéroportuaires composé de 24 aéroports et aérodromes, 18 internationaux et six à vocation nationale. Ces plateformes peuvent accueillir et traiter annuellement près de 32 millions de passagers et 186.100 tonnes de marchandises. Au titre de l’année 2016, les aéroports marocains ont réalisé un trafic commercial d’environ 18,2 millions de passagers et 68.700 tonnes de marchandises, ce qui représente un taux d’utilisation des capacités installées respectivement de 57 et 37%. Plus de 80% du trafic de passagers est généré par les trois principaux aéroports du Royaume, à savoir l’aéroport Mohammed V de Casablanca, l’aéroport Marrakech-Ménara et celui d’Agadir-Al Massira. Quant au fret, pas moins de 93% du trafic est accaparé par l’aéroport Mohammed V de Casablanca. 


Le surcoût global avoisine les 2 milliards de DH

Le non-respect des engagements initiaux, les difficultés en matière d’estimation des coûts liés à la réalisation des projets aéroportuaires, auxquels s'ajoutent les imperfections conceptuelles et le faible suivi des chantiers ont donné lieu à des dépassements importants des budgets initiaux. Avec un surcoût global de près de 1,8 milliard de DH, l’ONDA bat tous les records. Selon les détails livrés par la Cour des comptes, c’est au niveau de l’aéroport Mohammed V de Casablanca que le surcoût le plus important a été enregistré. En effet, pas moins de 740 millions de DH de dépassement ont été enregistrés au niveau du projet d’extension et de réaménagement du Terminal 1. Quant au projet de développement de l’aéroport d’Oujda-Angad, sa réalisation a coûté à l’ONDA le double de l’enveloppe financière prévue. Engendrant un surcoût de pas moins de 650 millions de DH, ce projet a donné lieu à la construction d’une aérogare passagers d’une superficie de 28.000 m², alors qu’il était prévu de bâtir cet édifice sur une superficie de 18.000 m² seulement.

Articles similaires

Newsletter :

Version desktop
Copyright © 2018 LEMATIN.ma