Économie

Jusqu'au 29 août se déroule à Montpellier le Congrès international sur l'aquaculture dont la production affiche une croissance soutenue de près de 6% par an au cours des 16 dernières années. Mais cette production de masse n'est pas sans conséquence sur un environnement déjà impacté par le changement climatique. Au Maroc, une étude de janvier 2018 a identifié le déficit en écloseries de poissons, les risques liés aux aléas climatiques et la concurrence internationale comme les obstacles à surmonter pour faire passer la production nationale à 380.000 tonnes au lieu des 510 actuelles.

Sur les 171 millions de tonnes de poissons destinés en 2017 à la consommation humaine directe, 53% provenaient du secteur de l'aquaculture aussi bien pratiquée en eau douce qu'en mer. À Montpellier (France), près 2.500 participants de plus de 60 pays prennent part jusqu'au 29 août au Congrès international sur l'aquaculture. Lors de ce congrès, qui a lieu tous les six ans, l'accent est mis sur la préservation des ressources naturelles aquatiques et l'étude de l'impact du dérèglement climatique : «Les impacts sur l'environnement (causés par l'aquaculture), ça a aussi des conséquences sur l'aquaculture elle-même, il y a de plus en plus de problèmes de mortalité de poissons, il y a des risques aussi de pathologies», indique à l'AFP Lionel Dabbadie, chercheur en aquaculture au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), et organisateur du congrès international Aqua 2018.
Selon l'Organisation des Nations unies de l'agriculture et l'alimentation (FAO), qui a organisé une session sur l'agroécologie, les stocks de poissons exploités de manière durable représentent 59,9%. «Même avec des mesures de pêche durable, de pêche responsable, on va maintenir les stocks, peut-être les améliorer un peu, mais on ne va pas beaucoup les augmenter, donc l'essentiel de l'augmentation devra être apporté par la pisciculture», poursuit Lionel Dabbadie. Mais cette production massive n'est pas sans conséquence sur l'environnement. Dans une étude de 2017 intitulée «Les systèmes aquacoles face au changement climatique», la FAO s'est focalisée sur six composantes de l’environnement susceptibles de subir des modifications sous l’effet du changement climatique et d’avoir un impact direct sur l'aquaculture : augmentation du niveau des mers, précipitations, modification de la température, crues et sécheresses, disponibilité en eau, dégradation de la qualité des eaux et enfin acidification des océans.

D'après l'organisation onusienne, il existe deux manières pour contrecarrer l'impact du dérèglement du climat. «La première, adaptative, consiste à mettre en œuvre des solutions qui permettent de prendre en compte les modifications du milieu (espèce adaptée, sélection des sites) ; la seconde consiste à imaginer des systèmes où les facteurs du milieu sont rigoureusement maîtrisés». Sur ce dernier point, le chercheur du Cirad cite l'exemple de la rizi-pisciculture telle que pratiquée en Asie et qui consiste à élever des poissons dans les rizières. «Les carpes vont avoir un comportement fouisseur au niveau de la vase et elles vont remettre en suspension les sels nutritifs qui vont permettre d'augmenter le rendement du riz», explique M. Dabbadie. Cet accroissement de la production de riz va bénéficier en retour aux poissons, qui vont se nourrir du périphyton, soit les végétaux aquatiques qui vont se développer sur les tiges de riz et donc permettre de nourrir plus de poissons.
Au Maroc, l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) indique qu'au titre de l’exercice 2016, la production aquacole marine s’est chiffrée à 510 tonnes, soit une production en valeur de l’ordre de 21 millions de DH. Selon la même source, deux espèces constituent la quasi-totalité de la production. Les huîtres (avec une part moyenne de 72%), produites dans la baie de Dakhla et la lagune de Oualidia, et le loup-bar (26%) produit dans la baie de M’diq. Le secteur aquacole national compte une vingtaine de fermes aquacoles actives et emploie un peu plus de 250 personnes. Cependant, le potentiel de production n'est estimé qu'à 380.000 tonnes par an. Ce gap serait dû, selon une étude de janvier 2018 réalisée par ANDA et la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), à un déficit en écloseries de poissons, aux risques liés aux aléas climatiques et à la concurrence internationale qui fait que l’importation des produits aquacoles sur le marché national pourrait fortement concurrencer les produits locaux. 

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