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Des intervenants de différents horizons ont plaidé, vendredi dernier, pour la protection, contre pollution, de la lagune d’Oualidia (province de Sidi Bennour), dont l'élevage d’huîtres constitue la principale richesse et fait la renommée touristique et gastronomique de la région. Invités à débattre sur l'état des lieux et le devenir de l'ostréiculture dans la région, dans le cadre du Festival des huîtres, des spécialistes et des acteurs associatifs ont estimé que la lagune de cette belle station balnéaire reste «un milieu potentiellement menacé par la pollution chimique et microbiologique».

Les intervenants lors d’une rencontre, organisée en marge du festival des huîtres d’Oualidia, ont mentionné une série de facteurs pouvant constituer d'éventuelles menaces pour les huitres, notamment les aires de repos des oiseaux migrateurs, l’existence d’habitations avoisinant la lagune (infiltration des eaux usées des fosses septiques), le pâturage des animaux à l’intérieur de la lagune, sans oublier l'anarchie qui prédomine en ce qui concerne l'organisation de biotoxine et le repos biologique.
Résultat, déplore un propriétaire d'un parc d'élevage, le taux de pertes d'huîtres dans la région frôle aujourd'hui les 80%, «une catastrophe aux conséquences insondables qui expose la majorité des producteurs à la faillite».

La conférence a été l'occasion de réitérer l'appel aux autorités concernées pour la réalisation de la revendication collective relative à l'aménagement de la digue, condition sine qua non pour sauver la lagune et ses huîtres, selon les intervenants, qui formulent cette demande depuis des années, mais qui est restée sans suite. D'autres professionnels ont soulevé d'autres problèmes inhérents au secteur, telles la mise à jour du projet de triporteurs dotés de plaques voltaïques et la construction d'un port à Oualidia, vivement souhaitée par l'ensemble des acteurs. 
L'histoire de l'ostréiculture à Oualidia remonte aux années 1950. À cette époque, il n’y avait pas de gisements d'huîtres naturelles au Maroc. L'aventure commence par l'importation d’huîtres en provenance du Portugal en 1955 grâce à Pierre Pinscloux. De petite taille, ces huîtres sont commercialisées 12 à 24 mois après leur mise en culture. L'année 1973 a été une année fatidique, puisque la maladie décima complètement les parcs. Après le décès du pionnier Pierre Pinscloux, le 15 octobre 1984, c'est son fils Jacques qui a repris le flambeau, assurant jusqu'à aujourd'hui la relève. Depuis, les pêcheries se sont développées dans le site semi-fermé d’Oualidia qui communique avec l’océan par une seule passe. Actuellement, assurent des professionnels, huit parcs ostréicoles et un parc à palourdes sont en activité sur la lagune. La production de ce fruit de mer avait avoisiné les 300 tonnes, générant un chiffre d’affaires de près de 8 millions de DH. S'agissant du traitement et de l'élevage d’huîtres, trois unités sont actuellement agréées pour la purification, le conditionnement et l’expédition des coquillages. La vente est strictement interdite si l’on ne passe pas par les stations d’épuration des parcs «Ostrea N°007», «Parc Tat N° 1» et «Parc 5» appelé aussi Oualidia Bahr, affirme Hassan Najib, propriétaire d'un parc. Le parc Ostrea, dont la production avoisine les 100.000 kg/an, est le plus important. Cette pêcherie disposant de son propre laboratoire est entièrement autonome. Les deux autres parcs sont en convention avec l’Institut national de recherche halieutique pour effectuer les contrôles avant la commercialisation. Concernant la phase de purification, les systèmes sont basés sur des techniques de radiation par rayons UV (ultra-violet), dont la mission est d’éliminer tout contaminant bactériologique, affirme pour sa part un acteur associatif.

Un autre système consiste à utiliser du chlore. Les coquillages, explique la même source, restent en complète immersion dans des bassins de purification pendant 48 heures. Les huîtres filtrent alors les eaux propres et régurgitent les contaminants. «Une fois épurés, les produits ne peuvent être commercialisés et ne peuvent être vendus sans étiquette de salubrité», relate-t-on. L’étiquette d’enregistrement auprès de la Direction de la pêche maritime représente la traçabilité du produit et garantit la certification du vétérinaire. Un réseau de surveillance est constitué pour les gisements de coquillage, a-t-on ajouté, affirmant que l'on ne badine pas avec les précautions qui contribuent à la réputation des huîtres d’Oualidia.

Pour le volet commercial des huîtres, le principal marché reste Casablanca, qui absorbe jusqu’à 60% de la production. Le reste est commercialisé vers les établissements touristiques de différentes régions du Royaume. La majorité des ventes s’effectue essentiellement durant les mois de décembre et de janvier. Les producteurs se mobilisent surtout pour réussir cette fin d’année, période des bonnes affaires. «Si cette période est ratée, toute l’année le sera aussi», indiqué un producteur. Outre la conférence sur l'ostréiculture à Oualidia, le Festival des huîtres, qui s'est achevé dimanche, a été marqué par l'organisation d'une action de sécurité routière, une magnifique parade nautique en file indienne et en musique, avec la participation des barques d’Oualidia, avant d'être clôturé par une soirée musicale. 

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