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Environ six millions d’électeurs zimbabwéens se rendront lundi aux urnes pour élire leur nouveau Président, dans un scrutin qui se tient pour la première fois sans Robert Mugabe, l’homme qui a dirigé cette ancienne colonie britannique d’une main de fer depuis son indépendance en 1980 jusqu'à son éviction en novembre 2017.

Ce rendez-vous électoral devra déterminer l’avenir de ce pays, en particulier sa réintégration au sein de la communauté internationale après de longues années d’isolement. Le résultat de ces élections devra aussi façonner la trajectoire politique et économique du pays, estiment les analystes, relevant que le futur Président, qui devra diriger le pays pendant les cinq années à venir, fera face au test consistant à jeter les fondements d’un Zimbabwe nouveau.
Emmerson Mnangagwa, le militaire qui a pris le contrôle du pays suite à l’éviction du «camarade Bob» en novembre dernier, est le candidat le plus en vue pour accéder à la magistrature suprême du pays, même si son bilan depuis sa prise du pouvoir n’est pas si reluisant, surtout sur le plan économique. Surnommé le Crocodile, Mnangagwa, 75 ans, n’a pas réussi à remettre l’économie sur les rails après les longues années de destruction totale sous Mugabe. Ce pays d’Afrique australe d’environ 17 millions d’âmes, entouré par le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Zambie, est plongé dans une grave crise. Ancien grenier à céréales de la région, doté de riches ressources minières (platine, or, diamant, nickel), le Zimbabwe a vu sa production agricole chuter après la réforme agraire mise en œuvre par le régime Mugabe. Près des trois quarts des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le chômage atteint 90% de la population active et l’inflation est galopante. Les services publics se sont effondrés. Les liquidités manquent et le gouvernement peine à payer les fonctionnaires. Cette crise est encadrée par un environnement économique en état de dégradation avancée. La croissance n’a pas dépassé 0,7% en 2016 pour se redresser à 3,4% en 2017. Le pays est classé 157e sur 180 par Transparency International pour son niveau très élevé de corruption.
Depuis sa prise des rênes du pays, Mnangagwa s’est employé à convaincre les investisseurs étrangers à y revenir. 
Pendant sa campagne électorale, le Président sortant a promis de faire entrer le Zimbabwe dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires. Il a promis de trouver les solutions adéquates aux problèmes économiques du pays et redynamiser le marché de l’emploi.
Les mêmes promesses sont faites par le principal challenger de Mnangagwa, le jeune Nelson Chamisa. Âgé de 40 ans, Chamisa a fait de l’ouverture économique du pays son objectif majeur. Chamisa, qui a pris les commandes du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, principale formation d’opposition) cette année, suite au décès de Morgan Tsvangirai, estime que l’élan de changement que connaît le Zimbabwe depuis le départ de Mugabe lui offre «une véritable opportunité» d’accéder au pouvoir. Cependant, les analystes politiques argumentent que la tâche du jeune leader sera difficile pour détrôner le Zanu-PF, parti de Mnangagwa. Ce dernier, candidat de l’establishment politique et militaro-sécuritaire, devrait remporter le scrutin de ce lundi, sauf en cas de surprise, estiment-ils. Un récent sondage a, par contre, montré que la course sera serrée entre les deux principaux candidats. D’après l’étude, réalisée par l’agence Afrobarometer, Mnangagwa remporterait le scrutin par 40% des voix, contre 37% pour Chamisa. Les 23% restants des électeurs sont toujours indécis. Si aucun candidat n’arrive à obtenir 50% des voix, les électeurs seront convoqués pour un second tour le 8 septembre prochain. Abdelghani Aouifia - MAP

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