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Dans le cadre du Morocco Today Forum, l'Info en face continue de faire le tour des enjeux de la régionalisation avancée au Maroc. À j-3 de l'événement, Le Matin a reçu Mohamed Khanchi, directeur de la Faculté Rabat Business School à l'Université internationale de Rabat pour débattre de l'approche du Management territorial, du transfert des compétences et de la compétitivité territoriale.

La régionalisation avancée ne date pas d’aujourd’hui. Le processus a été mis en place dans le cadre de la nouvelle Constitution de 2011 et il devient ainsi nécessaire aujourd’hui de faire le point sur son état d’avancement, d’étudier le bilan de la situation et d’identifier les actions à mettre en place pour redynamiser le processus.
Invité de l’émission «l’Info en Face», Mohamed Khanchi, directeur de la Faculté Rabat Business School à l'Université internationale de Rabat, indique qu’il faudrait justement tenir compte de l’historique du pays pour comprendre que cette régionalisation a démarré il y a bien longtemps et que pour assurer son succès, il est important de tenir compte des spécificités territoriales, sans pour autant porter atteinte à l’unité nationale. «Nous avons de fortes identités régionales, notamment le Rif, le Souss et le Tafilalet, qui existent historiquement et auxquelles il faut s’intéresser, mais sans que cela remette en question l’unité nationale», souligne l’intervenant. Et d’ajouter que chaque identité a notamment une langue spécifique et des traditions culinaires, et c’est ce qui fait la richesse et la diversité de notre pays. «Ces identités régionales ne sont pas suffisamment mises en avant et sont encore peu exploitées», regrette l’intervenant. C’est dire, en d’autres termes, qu’on a intérêt à intégrer les spécificités culturelles qui découlent des histoires des territoires dans une réflexion globale pour assurer la régionalisation avancée.
Concernant le regroupement en 12 régions, Mohamed Khanchi indique que ce regroupement est conçu, même dans les lois organiques de la régionalisation, comme une simple étape et que c’est évolutif. «On peut très bien aller vers plus de concentration régionale pour avoir des entités plus pertinentes», souligne l’intervenant. Et d’ajouter que ce regroupement a ses qualités et ses défauts, mais ne constitue qu’une étape et qu'il faut aller de l’avant.

Interrogé sur les contraintes liées aux déséquilibres territoriaux entre régions riches, régions moyennement riches et régions plus pauvres, l’expert tient à rappeler encore une fois que nous ne sommes qu’au début du processus et que rien n’est définitif. De même, «il y a des régions qui sont en capacité d’aller chercher elles-mêmes leurs propres moyens et des régions qui sont moins avancées et qui auront toujours besoin de la centralité du ministère de l’Intérieur en particulier», constate Mohamed Khanchi.

Pour clarifier son point de vue, l’intervenant donne l’exemple des régions de Draâ-Tafilalet et de Souss-Massa qui sont, «dès aujourd’hui, plus en capacité de se doter de leurs propres programmes de développement régionaux et leurs propres institutions de régulation qu’une région qui est, certes riche, mais qui est administrativement en incapacité d’aller vers plus d’autonomie, et le meilleur exemple dans ce cas est Rabat-Salé-Kénitra». Toutefois, l’intervenant souligne que pour assurer le rééquilibrage territorial, des efforts doivent être menés à différents niveaux. «Les choses ne se régulent pas d’elles-mêmes et il faut une double volonté politique et territoriale qui prenne conscience pleinement des compétences qui lui sont transférées», indique-t-il avant de préciser qu’on peut «avoir une forte volonté de déconcentrer, mais en parallèle des agents qui résistent à l’autonomie».

La formation des cadres exécutifs, une nécessité
Selon Mohamed Khanchi, le challenge du développement territorial se joue à différents niveaux, notamment celui de «la compétence des cadres exécutifs au sein des régions». En effet, quand on est engagé dans un processus de régionalisation avancée, il faut parallèlement envisager la formation des personnes qui seront aux commandes des exécutifs régionaux. C’est important pour faire adhérer l’ensemble des parties prenantes et les pousser à agir en toute responsabilité. Sur ce volet, l’intervenant souligne que «la formation est en cours, mais cela demande du temps, du tâtonnement, de l’expérience, etc.». Reste à souligner que l’enjeu primordial, pour Mohamed Khanchi, est d’adapter la formation de cette élite locale aux enjeux locaux, partant du principe que chaque région à ses spécificités, ses ressources, mais aussi ses contraintes et ses besoins.

L’idée serait également, selon l’intervenant, d’avoir des porte-parole régionaux qui sachent à la fois discuter avec la population régionale et identifier les besoins locaux. Autre point abordé lors du débat : l’importance de la compétitivité des territoires. Pour l’intervenant, la compétitivité est importante et doit avoir lieu à plusieurs niveaux. «C’est aux acteurs locaux de valoriser et de rendre compétitifs leurs activités et les avantages comparatifs absolus dont disposent les régions», souligne-t-il. La compétitivité réside également dans la capacité des territoires d’attirer et de garder des projets en attirant des investisseurs. L'intervenant précise, en guise de conclusion, que la démarche de la régionalisation avancée est prometteuse pour tous, mais qu'il y a encore du chemin à parcourir. «Nous en sommes encore au début et il faudra se donner tous les moyens pour permettre à cette aventure de poursuivre son 
développement». 

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