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Les jeux psychologiques impactent négativement le bon fonctionnement du travail et les relations professionnelles. Ils peuvent être aussi une cause directe de l’amplification des conflits et de la démotivation des équipes. Il faut ainsi apprendre à s’en protéger et éviter, coûte que coûte, de prendre parti dans un jeu psychologique au travail. Comment ? Le point avec Sanae Hanine, formatrice en communication non violente.

Éco-Conseil : Quels sont les impacts des jeux psychologiques sur le bon fonctionnement du travail et sur les relations professionnelles ?
Hanine Sane
: Ces jeux psychologiques joués de façon caricaturale présentent un danger pour le bon fonctionnement des organisations et des relations en entreprise. La dangerosité des jeux provient de deux facteurs : d’abord, ils s’observent facilement tant chez les autres que chez soi. Le deuxième facteur dépend de leur degré. Au premier degré, le jeu se joue à découvert. Il débouche sur un inconfort passager, puis se règle sans conséquences significatives. On peut citer à titre d’exemple une altercation lors d’une réunion, un désaccord concernant l’organisation d’un projet, etc. À un degré supérieur, un jeu devient plus ancré dans le temps. Il se joue en catimini, par exemple deux commerciaux qui se concurrencent pour la même promotion et qui n’arrêtent pas de tourner dans le cercle vicieux de la persécution-victimisation. À ce stade, le jeu n’a pas de conséquences néfastes sur le bon déroulement du travail. À un degré supérieur, le jeu peut frôler le pathologique et devient menaçant pour les protagonistes et pour l’entreprise. Il peut mener au licenciement, par exemple, ou à l’agissement dans une logique de sabotage. Donc, on peut en déduire que les jeux psychologiques sont énergétivores et néfastes parce que les échanges ne sont pas basés sur des faits réels et objectifs, mais sur la posture symbolique adoptée par chacun. Ils participent à l’instauration d’une dynamique négative qui a tendance à amplifier les problèmes relationnels et force les protagonistes à se retrancher davantage dans leur position. Il en résulte une amplification des conflits interpersonnels, une ambiance exécrable, la démotivation des équipes, l’absentéisme, la démission des personnes à haut potentiel et, in fine, une mauvaise performance de l’entreprise. De ce fait, ces jeux constituent des freins puissants à la coopération et à la productivité des organisations.

Que risque-t-on lorsqu'on entre dans un jeu psychologique ?
Entrer dans un jeu psychologique c’est entrer dans un piège. Le triangle coûte cher. L’énergie de la personne se trouve consumée par un comportement inefficace, qui génère agressivité et stérilité. En faussant la lecture des situations au niveau émotionnel, les jeux amplifient le conflit et le mènent au pied du mur. Que pensez-vous, par exemple, d’un collègue qui s’en prend à un autre collègue, mais dans son inconscient c’est l’image d’un père autoritaire et dur qui se miroite. Il est à signaler également que contrairement aux croyances partagées, le jeu psychologique finit toujours par engendrer négativité, inconfort, tensions, remords, regrets, etc. Sur le long terme, ces jeux traumatiques deviennent des facteurs de risque pour le développement des pathologies psychosociales.

Quelles pistes envisager pour sortir d'un jeu psychologique ? 
Sortir d'un jeu psychologique commence d’abord par une prise de conscience de son mode de fonctionnement. Se faire accompagner par un professionnel pour entamer un vrai travail sur soi est l’une des pistes recommandées pour sortir de la spirale des jeux psychologiques. Sans la «Victime», le «Persécuteur» et le «Sauveur», ces derniers disparaissent. La prise de conscience va nous permettre de sortir du  jeu et d'adopter une posture neutre et adulte. La communication non violente (CNV) est également une technique efficace pour contrer les dégâts relationnels et professionnels occasionnés par l’impulsion de ces jeux. Elle va permettre, par exemple, au «Persécuteur» de communiquer autrement qu’à travers la colère et l’agressivité et orienter son énergie de manière plus constructive. Il peut changer de posture en établissant des échanges basés sur l’empathie et la bienveillance. Pour la «Victime», il s’agit de travailler son estime de soi qui va lui permettre de se responsabiliser et de se prendre en main. Pour le «Sauveur», l’accompagnement à travers la CNV lui permettra de faire la distinction entre un rôle de «Sauveur» et le fait d’aider et d'apprendre à dire «non». 

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