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Le Fonds mondial pour la nature a lancé une nouvelle initiative pour inciter les entreprises, les villes, les régions et les citoyens à faire en sorte que le secteur agricole puisse fournir jusqu'à 30% des solutions climatiques nécessaires à la lutte contre le dérèglement climatique d'ici 2030. L'initiative, baptisée «Défis des forêts, des aliments et des terres 30X30», couvre les domaines de la conservation des forêts et des habitats, de la production et de la consommation alimentaires et de l'utilisation des terres dans tous les secteurs de l'économie.

Dans la lutte contre le changement climatique, l'idée développée par le Fonds mondial pour la nature est simple et repose sur le bon sens paysan. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut agir à la source : le sol. Cette initiative part du constat que 95% des pays signataires de l'Accord de Paris incluent le secteur de l'agriculture dans leurs plans d'action climatiques nationaux de réduction de gaz à effet de serre, les INDC du jargon onusien. Le Fonds mondial pour la nature a donc lancé l'initiative «Défis des forêts, des aliments et des terres 30X30» afin que les entreprises, les villes, les régions et les citoyens fassent en sorte que le secteur agricole puisse fournir jusqu'à 30% des solutions climatiques nécessaires à la lutte contre le dérèglement climatique d'ici 2030. «Pour limiter le changement climatique, nous devons nous attaquer à la deuxième plus grande source d'émissions : notre utilisation des terres», a déclaré Manuel Pulgar Vidal, responsable de la pratique mondiale du climat et de l'énergie du Fonds mondial pour la nature. Ce dernier, cité par la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), a précisé qu'en prenant des mesures concrètes, les entreprises et les dirigeants locaux peuvent également encourager les gouvernements nationaux à réduire plus agressivement leurs émissions de carbone en utilisant toutes les ressources disponibles.

La CCNUCC fait savoir que cet appel précède le Sommet mondial sur l'action climatique qui réunira en septembre prochain les dirigeants du monde entier dont il est attendu des engagements en faveur de la lutte contre le changement climatique. «En éliminant la perte d'habitat et la dégradation de nos chaînes d'approvisionnement, nous pouvons empêcher l'émission de milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Des entreprises comme la nôtre ont une responsabilité et une opportunité d'aider les nations du monde à atteindre et dépasser les objectifs de l'Accord de Paris», a déclaré Paul Polman, PDG d'Unilever cité par la CCNUCC. L'agriculture, qui peut constituer une solution, est également une source importante d'émissions de gaz à effet de serre.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que de telles émissions ont doublé au cours des cinquante dernières années. Les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur agricole représentaient 24%, en 2014, des émissions mondiales, juste après la production d'énergie et de chaleur. Le même schéma est observé au Maroc où l'agriculture arrive en deuxième position, après le secteur énergétique avec une part évaluée à 21,3% des émissions de gaz à effet de serre en 2012, selon la 3e communication nationale du Maroc à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, publiée en janvier 2016. Le protoxyde d'azote (N2O) est 310 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone (CO2), et se dégage de l’épandage des engrais azotés minéraux et organiques. Quant au méthane (CH4), il est 28 fois plus réchauffant que le CO2 et provient essentiellement de la fermentation et des déjections animales. Pour l'agence onusienne chargée de l'agriculture et de l'alimentation, les mesures d'adaptation au changement climatique adoptées par le Maroc contribuent également à l'atténuation des gaz à effet de serre : optimisation de l'utilisation des terres, semis direct, utilisation rationnelle des engrais et de l'eau d'irrigation ainsi que la sauvegarde de la biodiversité. Le Maroc, qui s'est fixé de réduire de 42% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, a lancé un programme de reconstitution de 200.000 hectares de forêts, d'augmentation de la superficie sous irrigation localisée à 550.000 hectares et substitution des prélèvements des nappes souterraines par les eaux de surface à hauteur de 85 millions de m3 par an. D'ici 2030, le Royaume compte atteindre les 100% d'épuration des eaux usées, faire l'économie d’eau en irrigation de 2,4 milliards m3 par an et parvenir à la reconversion d'un million d'hectares en arboriculture. Au niveau mondial,la CCNUCC recommande de réduire de moitié la perte et le gaspillage de nourriture, de séquestrer un gigatonne de carbone par an dans les forêts et autres terres naturelles et productive et de permettre une meilleure production de nourriture et de fibres en libérant des ressources financières, en fournissant des outils pour accroître la transparence, en favorisant la collaboration publique-privée et en protégeant les droits locaux. 
 

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