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Les régimes de retraite en Afrique francophone sont pratiquement tous dans le pétrin. Ces systèmes sont embourbés dans des déficits, résultats d’une inertie qui date d’une cinquantaine d’années. Dans ce tableau, seuls le Maroc et la Côte d’Ivoire ont pu sortir la tête de l’eau à la faveur de réformes douloureuses certes, mais qui donneront des fruits à moyen et long termes. Le décryptage du cabinet Finactu.

La Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR) est un «exemple emblématique» de la retraite africaine même s’il ne s’agit pas d’un régime par capitalisation classique. La conclusion est du cabinet international Finactu, également présent au Maroc, consignée dans un rapport intitulé «Les régimes de retraite en Afrique à l’épreuve du vieillissement démographique». Pour Finactu, les études annuelles menées témoignent d’un équilibre actuariel de long terme et d’un pilotage avisé de la CIMR.  
Dans son analyse des régimes de retraite en Afrique, Finactu indique que le fonctionnement selon la technique dite «par répartition» est le modèle dominant pour la retraite dans les pays francophones du continent. Concrètement, ces régimes fonctionnent en prélevant sur les salariés actifs des cotisations assises sur les rémunérations et utilisent cette manne pour payer les prestations aux anciens salariés devenus retraités et leurs ayant-droits. À de rares exceptions près, ces régimes sont tous limités aux populations de travailleurs salariés du secteur formel, c’est-à-dire impliqués dans une relation hiérarchique avec un employeur qui leur vers officiellement un salaire, soit les salariés du privé, les fonctionnaires ou agents de l’État. 
Selon le rapport, si tous les pays francophones du continent affichent aujourd’hui un choix homogène en faveur des régimes par répartition, ils manifestent en revanche une grande hétérogénéité dans les paramètres de ces régimes. Les paramètres les plus déterminants sont le taux de cotisation, le taux d’annuité, l’âge de liquidation, le salaire de référence et la règle de revalorisation. Un tour d’Afrique de ces paramètres met en évidence, selon l’étude, une très forte disparité entre pays et même parfois au sein d’un même pays entre les régimes. Les taux de cotisation confirment massivement cette forte disparité des taux qui s’étagent de 7 à 35% autour d’une moyenne à 15,96%. Selon les experts de Finactu, la répartition moyenne est une prise en charge de la cotisation à 66% par l’employeur et 34% par l’employé, mais avec une forte disparité : à Madagascar, si la cotisation (10,5%) est en dessous de la moyenne, elle est presque totalement payée par l’employeur (9,5%). Il en est de même dans les deux autres régimes malgaches ainsi qu’à la CNSS du Togo et la CNSS de la Mauritanie où les employeurs supportent plus de 75% des cotisations. 

Par contre, au Maroc, souligne le rapport, les taux de cotisation de la CMR (Caisse des fonctionnaires) sont équitablement répartis entre l’État et le travailleur. L’analyse par zone montre que les taux de cotisation sont en moyenne plus bas en Afrique centrale que sur le reste du continent. Les régimes d’Afrique australe et de l’Est, avec un taux moyen de 20%, restent les plus exigeants en termes de cotisation. L’analyse actuarielle montre qu’aucun n’échappe à la vague des déficits qui semble frapper toues les institutions de retraite dans le monde. «Les caisses de retraites en Afrique sont pratiquement toutes dans une situation compliquée. Certaines sont d’ailleurs en crise, car elles n’ont pas mené de réformes au bon moment. D’autres ont pris le devant en anticipant et en entreprenant les réformes nécessaires. Le Maroc figure, d’ailleurs, dans cette catégorie avec notamment la réforme de la CMR et le projet de réforme de la CNSS. La Côte d’Ivoire a également réformé son régime de retraite. D’autres sont sur la même voie comme Madagascar, le Niger et le Cameroun. Ces pays sont obligés de réformer leurs systèmes puisque le fonctionnement d’un régime dépend de l’espérance de vie des affiliés», détaille au «Matin-Éco» Denis Chemillier-Gendreau, président fondateur de Finactu. Selon lui, le fait est que la moyenne d’espérance de vie a augmenté dans le continent, mais aucun pays n’a changé en conséquence les paramètres de son régime de retraite. «Depuis que ces régimes existent, l’espérance de vie a gagné entre 5 et 10 ans sans que cela implique un changement de paramètres. Donc, non seulement ces pays doivent les changer pour le futur, mais aussi pour rattraper l’inertie depuis 40 ou 50 ans», développe Gendreau. Sa recommandation : il faut d’abord réformer les régimes existants pour assurer leur pérennité. C’est ce qu’a fait le Maroc avec la CMR et bientôt avec la CNSS. Une fois qu’on aura accompli la réforme, il faut penser à étendre le système aux populations non bénéficiaires comme les professions libérales et les travailleurs non salariés. La troisième étape consiste, selon Gendreau, à créer, en plus des régimes de retraite réformés et étendus, des régimes complémentaires par capitalisation. Pour le responsable, le Maroc et la Côte d’Ivoire sont les deux premiers de la classe en Afrique en termes de réforme de leurs régimes.                                               

 

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