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Une autre confirmation des limites du modèle de croissance économique du Maroc et de la nécessité de sa refonte. Une nouvelle analyse met en exergue les raisons de l’essoufflement de ce modèle qui n’a pas réussi le pari de la demande extérieure et propose quatre pistes pour une nouvelle stratégie de développement de type inclusif. Elle figure dans un numéro spécial des «Cahiers du Plan» conçu par le HCP et l’OCP Policy Center. Détails

La refonte du modèle de croissance économique du Maroc attise de plus en plus les débats. Un débat auquel prennent part diverses institutions et acteurs aussi bien économiques que politiques et qui montre la nécessité pressante de lancer cet important chantier. La dernière édition de «Les Cahiers du Plan» publié par le Haut Commissariat au Plan (HCP), sur le thème «Croissance économique au Maroc Théories, évidences et leçons des expériences récentes», livre un nouvel éclairage sur la révision du modèle de croissance économique et apporte des idées et des pistes à emprunter pour opérer cette refonte.  
Les auteurs d’une contribution dans ce numéro spécial conçu par le HCP et l’OCP Policy Center ont commencé par l’analyse de la situation actuelle et sa genèse, concluant à un constat d’échec de l’actuel modèle. 
Ainsi, si depuis l'Indépendance, l'objectif majeur des différents modèles était la recherche d'une certaine indépendance, celle-ci ne s'est pas avérée tenable pour des raisons liées à ces derniers, notent Abdelhadi Boussas et Karim Gassemi qui ont signé cette analyse. Ils ont distingué trois modèles de croissance, «tous, notamment l'actuel, “drivés” par la demande interne qui fait face aujourd’hui à une politique budgétaire austère la contractant, puis l'investissement public qui pèse sur les finances publiques». Et ce, malgré un pari sans cesse répété sur la demande extérieure et qui n'a toujours pas réussi, relèvent-ils. En effet, expliquent les auteurs, même si les exportations sont en accroissement dans le dernier modèle, leur évolution reste «largement» inférieure à celle des importations. Ces exportations sont portées notamment par des secteurs dominés par les investissements directs étrangers (IDE), font-ils remarquer. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes, selon les experts. En effet, «malgré l'apport incontestable de ce type d'investissement sur plusieurs plans, les IDE ne peuvent pas s'exonérer de quelques inconvénients et faiblesses». Ainsi, étant donné que ces IDE s'intéressent surtout au positionnement géostratégique du Royaume en tant que plateforme d'échanges entre plusieurs marchés, américain, européen, arabe et africain, les entreprises domestiques, notamment les PME dépendant du marché interne, ne voient rien de motivant pour elles dans les mesures incitatives. Pour l'entreprise marocaine, la question n'est pas celle des programmes ni des mesures incitatives, mais du marché : avec une politique budgétaire, aussi austère soit-elle, contractant la demande, pour qui l'entreprise marocaine va-t-elle investir, surtout quand elle n'est pas assez qualifiée pour exporter en quête d'un marché externe ? Même la demande ne tient plus qu'avec des crédits à la consommation, traduisant ainsi sa crise et prenant sa voie pour se démultiplier par la finance. Ayant atteint ses limites, le modèle de croissance poursuivi a besoin d'être repensé.

Connaissance/capital humain
Partant de ce constat, les auteurs de cette analyse confirment la nécessité de remettre en question ce modèle et recommandent d’accélérer la transformation de la structure de l’économie, en mettant l’accent sur l’exportation. Ils insistent également sur une bonne croissance endogène, en l’axant, entre autres, sur la connaissance/capital humain. Or, font-ils remarquer, les secteurs liés à la connaissance et au capital humain voient chaque année les budgets qui leur sont alloués reculer, notamment dans les dernières lois de Finances. D’ailleurs, ajoutent-ils, parmi les réformes engagées, celles qui concernent ces deux éléments connaissent une lenteur et un retard dans leur mise en place. «Les priorités dans le modèle sont mal fixées au Maroc», tranchent les auteurs, notant qu’une croissance endogène doit être également liée aux secteurs à forte intensité en recherche et développement. Toutefois, boostés par le Plan Émergence et les stratégies qui en sont issues, ces secteurs, à savoir l’automobile, l’électronique, l’aéronautique et le spatial sont portés par des investisseurs étrangers. De ce fait, le caractère endogène de la croissance qu’ils génèrent fait défaut. En effet, précisent-ils, ces secteurs sont souvent dominés par une ou deux grandes sociétés industrielles, comme c'est le cas de l’automobile (porté par Renault) et de l’aéronautique (porté par Bombardier), «sociétés dont la délocalisation ailleurs hors du Maroc mettrait le secteur en crise». Les auteurs de cette contribution relèvent également la nécessité de la communication pour gagner l’adhésion par des citoyens concernant les nombreuses stratégies nationales, tant horizontales que sectorielles. 
In fine, ces deux économistes ont tracé quatre pistes pour une nouvelle stratégie de développement de type inclusive.
Le premier volet concerne le raffermissement de la politique de l’offre : la mise en cohérence, la consolidation et l’accélération de la mise en œuvre des stratégies sectorielles. Le deuxième volet porte sur le renforcement du rôle de l’État : pour un interventionnisme «intelligent» tout en améliorant l’efficacité de l’administration publique, en optimisant les dépenses publiques d’investissement et en se dotant d’une véritable politique de l’innovation. Le troisième consiste à révolutionner l’arsenal juridique et les pratiques reliées au climat des affaires afin d’attirer plus d’investissements étrangers, ce qui boostera le décollage économique. Le quatrième est la mise en place des réformes de structure : le marché du travail et le système d’éducation. Ils recommandent également, en complément à une telle stratégie, de poursuivre les efforts et surtout d’opter pour des pratiques intelligentes à même de donner un caractère soutenable à la croissance (aspect dynamisme économique ; faire croître sans cesse la structure de transformation (aspect transformationnel ; et assurer une stabilité relative (aspect stabilité macroéconomique. 

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