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La Confédération nationale du tourisme (CNT) reviendra-t-elle à la CGEM en tant que fédération interne ? Verdict le vendredi 11 mai, lors de l’assemblée générale de la CNT. Une assemblée où deux clans devront s’affronter, d’une part l’équipe dirigeante favorable au maintien d’une externalisation de la CNT et d’autre part, plusieurs fédérations non satisfaites du mandat de l’équipe actuelle. Le Matin-Eco a recueilli les avis des représentants des principaux concernés : la CNT, la FMTT, l’ANIT, la FNAVM et la CGEM.

Rien ne va dans le secteur du tourisme. Les hostilités et guerres intestines au sein de la Confédération nationale du tourisme (CNT) prennent aujourd’hui une mauvaise tournure. L’équipe dirigeante actuelle de la confédération a tenu, 8 mai à Casablanca, une conférence de presse pour s’insurger principalement quant à un éventuel retour à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) en tant que fédération interne. En effet, demain 11 mai, la CNT tiendra son assemblée générale à Marrakech pour entériner, ou pas, la décision d’internalisation de la CNT à la CGEM, une décision prise le 16 mars dernier lors du conseil d’administration de la CNT. «Nous ne voulons pas revenir à la CGEM. C’est un retour en arrière. La CGEM n’a pas fait grand-chose pour défendre les intérêts du secteur. Je ne voulais pas me représenter à la tête de la CNT, mais on m’a convaincu de le faire pour l’intérêt du tourisme et pour empêcher cette internalisation. Aujourd’hui, je brigue un nouveau mandat avec Hamid Bentahar», a annoncé Abdellatif Kabbaj, président de la CNT. Le vice-président de la confédération, Fouzi Zemrani, qui soutient cette candidature, regrette les divisions et animosités qui entachent actuellement la confédération ainsi que le non-paiement par plusieurs membres de leurs cotisations, ce qui a «fragilisé le bon fonctionnement», de la CNT, selon ses dires. Les fédérations concernées sont la Fédération nationale des agences de voyage du Maroc (FNAVM), L'Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT), la Fédération marocaine du transport touristique (FMTT) et la Fédération nationale des restaurateurs (FNR), précise Kabbaj qui menace de geler leur adhésion à la CNT. Les responsables de la CNT ont tiré, lors de la conférence du 8 mai, à boulets rouges sur ces fédérations sectorielles, le ministère de tutelle, le gouvernement et la CGEM. «Une manière de se disculper de l’échec cuisant de leur mandat», commente pour le Matin-Eco, Othman Cherif Alami, président de la FMTT. «Ces mêmes personnes qui sont contre une internalisation de la CNT ont voté, à main levée, pour un retour à la CGEM le 16 mars dernier lors du conseil d’administration de la CNT. C’est contradictoire et ils sont dans la manipulation pour dissimuler leur échec. Ils n’ont rien fait pour le secteur ces 3 dernières années. Je suis pour un dialogue sain, serein et un retour à une CGEM forte pour porter le secteur et nous fédérer», nous confie Cherif Alami. Zemrani n’est pas du même avis. Il se dit très satisfait du bilan de l’équipe actuelle. «Nous avons pu décrocher auprès du ministère de tutelle un budget d’accompagnement de 9 millions de dirhams sur la période 2018-2020 pour rendre la CNT plus forte et concrétiser la mise en place de fédérations régionales», a-t-il déclaré. En tout cas, la réponse du berger à la bergère ne se fera pas attendre. Les 4 fédérations décriées par les représentants de la CNT devront publier aujourd’hui une lettre où ils reviendront sur les causes de ces divisions et répondront aux accusations de Kabbaj et Zemrani entre autres, confie au Matin-Eco, Jalil Benabbés-Taarji, président de l’ANIT. Du côté de la FNAVM, Amal Karioun affiche son scepticisme et son désarroi. «La CNT souffre actuellement d’un manque de gouvernance non bénéfique pour les intérêts du secteur.

Déjà, nous ne disposons pas de visibilité, c’est le black-out total. Le ministère de tutelle est absent et ne s’implique pas sérieusement pour redynamiser le secteur. Ceci sans parler des sabotages et autres manœuvres non éthiques de la part de certains professionnels», témoigne pour le Matin-Eco, Amal Karioun, présidente de la FNAVM. Concernant les critiques faites à la CGEM à cause de son «inertie» dans la défense des intérêts du secteur, selon la CNT, le patronat balaye d’un revers de main ces critiques. «Tout d’abord, la CGEM n’a jamais demandé à la CNT de revenir à la confédération en tant que fédération interne. C’est la CNT qui a formulé cette demande. Pour rappel, nous avons déjà créé un comité des sages avec la CNT pour apaiser les tensions au sein de cette organisation afin qu’elle soit plus crédible et faire avancer les choses pour le bien du secteur. Ensuite, pour que le CGEM agisse au nom d’une fédération, il faut qu’elle soit sollicitée. Or nous ne l’avons jamais été», précise la CGEM au Matin-Eco. Cette dernière dément une quelconque «inertie», puisqu’elle a «défendu et porté plusieurs dossiers relatifs au tourisme, notamment les chèques vacances ou encore le rabaissement du taux de TVA sur le secteur des loisirs à 10%», nous détaille la CGEM. De même, en septembre 2014, lors du Comité stratégique du tourisme (CST), présidé par Abdelilah Benkirane, chef de gouvernement à l’époque, «Miriem Bensalah-Chaqroun a été la seule à monter au créneau pour s’insurger sur la situation de crise que traversaient le secteur et sa gouvernance. La porte de la CGEM a toujours été ouverte à tous les professionnels, mais comment voulez-vous qu’elle porte et défende efficacement un secteur donné, si les professionnels et représentants de celui-ci ne le portent pas», souligne le patronat. La tension sera, donc, à son apogée demain lors de l’assemblée générale de la CNT. Entre les partisans d’une internalisation au sein de la CGEM, fustigeant le bilan de l’équipe actuelle, et cette dernière tirant sur les membres contestataires qui refusent de payer leurs cotisations, l’assemblée s’annonce houleuse.


   Un ministère de tutelle aux abonnés absents 

Peu importe le dénouement de l’assemblée générale de la CNT de demain, une chose est sûre, c’est le secteur du tourisme qui sortira perdant de la division qui mine cette organisation. Un secteur déjà affaibli à cause d’une gouvernance en panne et un ministère de tutelle aux abonnés absents. Nos multiples sollicitations et demandes d’informations concernant ces retards et l’état d’avancement des principaux chantiers de la Vision 2020 sont, d’ailleurs, restées lettre morte. Ni Mohamed Sajid, ministre du Tourisme, ni Lamia Boutaleb, secrétaire d'État au Tourisme, ou encore Imad Barrakad, président du directoire de la Société marocaine d'ingénierie touristique (SMIT), n’ont souhaité répondre aux sollicitations du Matin-Eco.

 

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