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En entreprise, la charge mentale constitue un véritable enjeu de santé morale et physique des collaborateurs. Elle se manifeste notamment par une fatigue physique et psychique extrême, des frustrations, mais aussi des erreurs commises par manque de concentration. Pour y faire face, la plupart des spécialistes en coaching ou même en psychologie recommandent le repos. Or cela n’est pas toujours possible. Comment s’en sortir ? Des éléments de réponse avec Malgorzata Saadani, coach international ICC.

Éco-Conseil : Quels sont les signes alarmants de la charge mentale ?
Malgorzata Saadani :
Historiquement, la charge mentale dite «ménagère» était un phénomène qui intéressait les chercheurs à partir des années 1980, consacré à l’aspect genre de la gestion des différentes missions parallèles. Elle a été définie en tant que capacité de la personne de réfléchir à ses tâches familiales en mode veille simultané, pendant qu’elle accomplissait ses missions professionnelles. 
En d’autres termes : comment et à quel prix peut-on assumer le travail à deux postes, à plein temps chacun ? En entreprise, la charge mentale prend la forme du multitasking doublé d’orientation sur les résultats irréalistes et du relationnel très compétitif et biaisé, ce qui mène à une dépense énergétique et à la mobilisation mentale permanentes ou tenue, et finalement à l’épuisement.
Jusqu’à un certain point, la capacité d’exécuter simultanément plusieurs choses est gérable et constitue un challenge. Par contre, poussée durablement au-delà d’une certaine limite dans un environnement humain rude, elle constitue une source de fatigue psychique et physique extrême, des frustrations et des erreurs commises par manque de concentration.

Comment faire face à ce phénomène ?
Le plus important est de se rendre compte clairement que nous y sommes exposés : quand nous réfléchissons à plusieurs choses à la fois en permanence et que nous avons du mal à prioriser entre elles, nous avons le sentiment d’avoir la tête «remplie», nous nous sentons dépassés et, finalement, découragés. 
À ce moment, le premier pas sera de nous arrêter momentanément (c’est possible !) pour lister et faire le tri de toutes ces pensées. Dans ce processus, l’outil de la carte mentale (Mind Map) peut être très intéressant. Ensuite, c’est une manière de faire tout à fait classique utilisée dans la gestion du temps au travail à l’aide de la matrice d’Eisenhower. La vraie difficulté consiste alors à trier les priorités, particulièrement celles à forte charge émotionnelle et à leur attribuer le degré différencié de l’urgence et de l’importance.

Quels moyens se donner pour s'en sortir si on ne peut pas prendre un congé et se reposer ?
Je vous remercie d’avoir posé la question de cette façon ! La plupart des conseils que nous pouvons trouver dans les médias donnent l’impression d’être déconnectés de la réalité en préconisant justement des périodes de pause totale ou un changement radical des habitudes sans tenir compte des contraintes de chacun. 
Personnellement, je suis plus convaincue par la méthode des petits pas progressifs, bien préparés et appliqués dans la durée. 
Concrètement, une fois le travail individuel de la carte mentale et de la priorisation accompli, il faut en parler factuellement et sincèrement avec les autres personnes concernées. Proposer des changements et trouver des solutions de compromis (aménager le temps de travail individuel, améliorer la méthodologie ou confier une mission spécifique à un collègue pour pouvoir se concentrer sur un dossier important) nous donnera un souffle et déchargera mentalement.


Quels sont vos conseils pour prévenir ce syndrome ?
Je pense que le meilleur moyen sur cette voie est de développer chez soi une posture assertive : savoir se respecter soi-même et se faire respecter des autres, tout en les respectant en retour. Évidemment, ce respect doit se traduire dans les actes concrets du quotidien plutôt que dans les déclarations verbales. Admettre que nous ne sommes pas parfaits et que dans certaines situations nous avons besoin d’aide, savoir solliciter cette aide et remercier ceux qui nous l’apportent – sont autant de réflexes sains qui nous faciliteront la vie.

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