Éco Analyse

Les pays africains, dans une première de leur histoire, viennent de signer l’accord préalable à une grande zone de libre-échange continentale. Si le continent, objet de toutes les convoitises, est l’une des zones les moins intégrées économiquement, c’est en grande partie dû aux multiples blocages à la fluidité de la circulation des biens et des capitaux en son sein et qui retardent considérablement son développement. Mais au-delà des considérations purement commerciales, c’est de l’instauration d’une grande zone de paix et de prospérité partagées dont il est question. En demandant d’adhérer à la Cédéao, le Maroc y contribue à sa manière.

Une nécessité économique
Le retour du Maroc à sa famille institutionnelle et sa demande d’adhésion à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) participent de cette nouvelle dynamique dans laquelle sont engagés les pays africains, enfin conscients que leur avenir se fait d’abord chez eux et entre eux. Ces aspirations ne sont pas des slogans creux ; le Maroc a toujours œuvré à leur donner un contenu concret. Ainsi depuis 2000, le pays a conclu près d’un millier d’accords avec les pays africains au cours de 46 visites royales effectuées dans 25 pays du continent. Parallèlement, de jeunes Africains poursuivent chaque année leur formation supérieure au Maroc grâce aux milliers de bourses qui leur sont octroyées, alors que 25.000 migrants clandestins ont vu leur situation régularisée dans une première au niveau continental. L’adhésion du Maroc à la Cédéao s’inscrit pleinement dans cette vision.

Elle est de nature à renforcer l’attrait de cet ensemble économique et à lui garantir les conditions optimales de développement. Le Maroc entretient déjà des relations commerciales avec l’Afrique de l’Ouest, son premier partenaire économique et commercial parmi les régions africaines. Ainsi, les exportations du Maroc vers les pays de la zone représentent 37,3% de ses exportations vers l’Afrique en 2016 contre moins de 10% en 1996. Sur le plan productif, l’adhésion du Maroc à la Cédéao permettra une meilleure intégration des tissus industriels de l'Afrique de l'Ouest avec le reste du monde, ainsi que le développement des chaînes de valeur régionales. Dans cet esprit, le Maroc pourrait partager son expérience avec les pays de la zone et assurer un transfert de technologie dans les secteurs, tels que l’automobile, l’aéronautique ou encore le tourisme où le pays est déjà positionné dans les radars des grands acteurs mondiaux.
En contribuant à l'élargissement des bases industrielles des pays de la Cédéao, à travers les projets de coentreprises, le développement de la sous-traitance et le transfert de savoir-faire, le Maroc prendra sa part à la co-émergence de l’ensemble des pays de la zone. La perspective d’adhésion du Maroc à la Cédéao pourrait, par ailleurs, faciliter le flux des investissements entre le pays et les États membres actuels de la Cédéao, d’une part. D’autre part, elle permettra d’accroître l’attractivité du groupement élargi pour les investisseurs étrangers et de favoriser les délocalisations industrielles. Et pour preuve, le stock d’IDE (investissements directs étrangers) marocains dans les économies de la Cédéao a quasiment doublé, passant de 492 millions de dollars en 2010 à 976 millions de dollars en 2014.

Un ancrage solide
L’économie marocaine pourrait tout aussi contribuer au renforcement de la stabilité macroéconomique de la Cédéao, dans la mesure où le Royaume satisfait aisément à 4 des 6 critères de convergence de la zone. Ainsi, selon l’étude de la Cédéao sur l’impact d’adhésion du Maroc, «Les tendances passées et les estimations futures n’indiquant pas de risques majeurs sur l’économie marocaine, il est possible de conclure que l’élargissement de la Communauté au Maroc ne semble pas poser de problème majeur en matière de convergence du cadre macroéconomique tel que défini et suivi par la Cédéao». De même, l’adhésion du Royaume accélèrerait le déploiement de la future monnaie unique, car elle réduirait les disparités économiques et démographiques entre les pays membres, condition sine qua non à toute intégration monétaire réussie. Cette disparité, comme le note l’étude d’impact «se réduirait avec la Cédéao élargie si l’on observe les écarts entre le Nigeria et le Maroc, respectivement premier et deuxième après l’élargissement et les écarts entre le Nigeria et le Ghana, respectivement premier et deuxième avant l’élargissement». Plus intéressant encore, l’adhésion du Maroc favorisera «le renforcement du pouvoir d’achat de la future monnaie unique», toujours selon l’étude d’impact. Au chapitre du financement, pierre angulaire de toute politique de développement, force est de constater que les secteurs financiers marocains (banques et assurances) sont déjà très actifs en Afrique de l’Ouest où ils jouent un rôle important dans le financement de la croissance de ces économies ; un rôle qui ne pourrait que s’amplifier avec l’adhésion du Maroc à la Cédéao et contribuerait à créer un vaste marché des capitaux ouest-africain.

Sur le plan géo-économique, seuls les espaces économiques intégrés sont stables et arrivent à assurer la sécurité de leurs territoires et la défense de leurs populations contre les ingérences étrangères. Sur ce chapitre, les capacités et les équipements militaires du Maroc représenteraient, selon l’étude d’impact, «un plus pour les efforts de paix, de sécurité et de stabilité de la région Cédéao, en particulier dans le domaine des opérations de maintien de la paix, de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent». Les véritables enjeux vont bien au-delà de la Cédéao et de son renforcement par l’arrivée de tel ou tel pays. Il s’agit de la pose de la première pierre dans la construction d’un espace de fraternité et de prospérité et l’édification d’une communauté de destins liés par des idéaux de liberté, de justice et de paix. Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de concrétiser les aspirations légitimes des populations à la sécurité et au bien-être de leurs enfants et petits-enfants. 

 

Nabil Adel est Chef d'entreprise, chroniqueur, essayiste et enseignant-chercheur à l'ESCA - École de Management.

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