Éco Conseil

Le multitasking est la capacité de mener avec succès plusieurs tâches en même temps. Certains experts parlent d’une compétence RH à développer surtout avec l’invasion des nouvelles technologies, alors que d’autres estiment qu’il s’agit plutôt d’un phénomène dont les conséquences sont néfastes sur l’efficacité et le bien-être au travail. Entre les deux avis, une réalité s’impose : la transformation digitale bouleverse notre vie professionnelle et notre façon de travailler au quotidien. Le point avec Malgorzata Saadani, coach international ICC.

Éco-Conseil : Le multitasking ou la capacité à faire plusieurs tâches à la fois. Peut-on parler d'un phénomène à combattre ou plutôt d'une nouvelle compétence RH ?
Malgorzata Saadani :
À mon avis, c’est certainement une compétence personnelle, à faire valoir dans un contexte approprié. Perçu ainsi, le multitasking permet à la personne d’être en interaction rapide avec son environnement et de mener, avec succès, plusieurs missions en même temps. Toutefois, la condition indispensable est d’améliorer le niveau individuel de concentration et la capacité d’une vision globale de l’ensemble des tâches à réaliser, à la manière d’un pilote d’avion, pour ne pas omettre quelque chose d’important ni céder sur la qualité. Ce qui est à combattre c’est la dissipation par des problèmes parasites (c’est-à-dire non pertinents sur le moment, par exemple les sollicitations personnelles via les réseaux sociaux) qui décupleraient le risque d’erreur. Attention aussi à la pression externe exagérée qui peut s’avérer contre-productive.

Le multitasking a tendance à s'accentuer avec l'avènement de la transformation digitale des entreprises. Qu'en pensez-vous ?
C’est tout à fait vrai, pratiquement dans tous les domaines d’activité et notamment dans le volet de la communication. Le digital facilite et accélère le travail, place la personne au cœur des relations multiples et simultanées, et exige de plus en plus de dynamisme et de réactivité personnelle. Au point que l’absence d’une réponse à un banal e-mail pendant quelques heures devient une source d’inquiétude et de reproches. Il ne faut pas exagérer, tout de même.

Le cerveau est-il réellement capable de répondre aux multiples sollicitations du monde digital surtout 
avec la sursaturation d'informations instantanées ?

Jusqu’à un certain point, c’est faisable et ce point de saturatio3n est individuel pour chaque personne. Le plus important, c’est d’en être conscient et de savoir se challenger au quotidien pour y arriver, tout en connaissant ses limites afin de ne pas se mettre en danger. 
Il est clair que nous sommes en permanence stimulés pour plus d’efficacité, éperonnés pour aller plus vite, et dans tous les sens en même temps. Ce monde en version accéléré a cependant un frein : le besoin naturel de réflexion pour les dossiers complexes et la maturation des idées pour leur meilleure finition. En d’autres termes, il y a des tâches qui peuvent parfaitement être exercées en simultané et d’une manière expéditive, et il y en a qui nécessitent plus de calme et de temps. Celui qui ne l’admet pas prend des risques.

Comment gérer cette situation et surtout quelle attitude adopter pour relever le défi des exigences 
du monde digital ?

Relever les défis, se dépasser et faire ses preuves ? Oui. S’emballer dans un tourbillon qu’on ne maîtrise plus ? Non. Cela signifierait courir à tête perdue vers le burn-out ou la contre-performance et l’erreur, voire une faute professionnelle grave. Cette attitude d’interaction immédiate tant appréciée doit être modulée en fonction des prédispositions personnelles, de l’expérience accumulée et de la nature des missions à accomplir. À titre d’exemple, quelqu’un de réfléchi et méticuleux de nature, peu expérimenté et mandaté d’une mission à grand enjeu, sera certainement moins réactif aux sollicitations courantes et multiples pendant qu’il accomplit sa mission principale. Et c’est tant mieux. Dans tous les cas, le multitasking exige deux qualités essentielles : être très bien organisé dans son travail en général (y compris au sein d’une équipe et à l’échelle de l’entreprise) et aussi savoir procéder rapidement à la priorisation.
Finalement, le mot-clé qui me revient c’est encore et toujours «la souplesse». Nous vivons à l’époque du digital et de l’accélération et nous nous y adaptons intelligemment. En définitive, c’est 
à nous-mêmes de moduler cette vitesse et décider en toute clairvoyance de la façon la mieux adaptée de faire notre job. 


Propos recueillis par Nabila Bakkass

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