Économie

En entreprise, l’individualisme est l’un des phénomènes qui impactent négativement la cohésion des équipes. En effet, le collaborateur individualiste cherche constamment à soumettre son entourage à viser ses propres objectifs. Il manque aussi d’empathie et d’ouverture, ce qui engendre un inconfort relationnel. Les astuces pour gérer ce profil avec Malgorzata Saadani, coach consultante certifiée ICC, DG d'ANC Communications.

Éco-Conseil : Comment définir l'individualiste dans un contexte professionnel ?
Malgorzata Saadani :
Pour bien comprendre la problématique, je vous propose de se référer tout d’abord aux origines conceptuelles qui définissent un tel profil et qui sont en même temps philosophiques, sociales, politiques et morales. Ainsi, l’individualisme est une vision du monde où l’intérêt est accordé, en priorité ou en exclusivité, à l’individu et à la satisfaction de ses besoins particuliers, devant tout intérêt collectif et sans tenir compte des opinions et des droits des autres personnes. La communauté est alors perçue comme un poids inutile contraignant l’individu aux concessions et à l’abandon de sa liberté absolue d’agir selon sa seule volonté.
Vu sous cet angle, l’individualisme ne passe pas bien en entreprise puisque par définition celle-ci est un lieu de travail commun et nécessite une collaboration harmonieuse de tous les membres de l’équipe afin d’atteindre les objectifs de l’ensemble et un certain niveau de satisfaction de chacun. Un individualiste aura du mal à s’intégrer dans le groupe, cherchera à soumettre son entourage à viser ses objectifs personnels, manquera d’empathie et d’ouverture d’esprit, sera maladroit en négociation.
Dans ses formes les plus poussées, individualisme rime aussi avec égoïsme (voire égocentrisme) et incivisme, ce qui rend pénible de côtoyer une telle personne en famille ou en société.

Certains experts indiquent que l'individualisme est à l'origine de plusieurs risques psychosociaux. Êtes-vous du même avis ?
Effectivement, lorsque nous sommes en face d’un individualiste avéré, nous sommes en situation d’inconfort relationnel et de difficultés objectives pour coopérer. D’où le risque majeur de stress qui est une combinaison des émotions désagréables, qui si elle s’inscrit dans la durée provoque un stress chronique qui peut se développer en  stress aigu, et parfois même les deux combinés. Si l’individualiste de notre entourage présente en plus les traits sociopathes, ses collègues, collaborateurs ou patrons peuvent également être exposés au risque d'être victime de harcèlement moral. Grâce aux recherches sociologiques et à la médiatisation des cas, ce dernier commence à être mieux identifié par le grand public en tant que pathologie relationnelle, mais toujours pas assez pour le reconnaître suffisamment tôt et pour y faire face d’une manière structurée et rationnelle.

Comment faire face à ce phénomène ?
Le premier pas c’est d’être conscient de la vraie source du problème : identifier des comportements concrets, dans des situations concrètes, chez des personnes concrètes. Parce qu’en parler en général, en théorie et sensibiliser l’ensemble des collaborateurs sans se référer aux faits précis ne sert à rien.
Tout en sachant que la mission principale de l’entreprise n’est pas d’éduquer les personnes adultes, on peut tout de même leur favoriser une meilleure intégration par les activités classiques : les teambuildings, les formations en compétences personnelles et les coachings d’équipe et individuels.
En plus d’éduquer en tâche de fond et de recadrer les comportements indésirables, l’entreprise peut aussi agir en amont, notamment lors des recrutements, en retenant les candidats qui ne présentent pas de faiblesses relationnelles exacerbées.
À l'ère du digital, le phénomène de l'individualisme se renforce encore davantage : les liens présentiels se distendent et apparaît une vraie difficulté de se positionner au sein d’un groupe et de communiquer constructivement sur les différends.
À ce facteur digital s’ajoutent aussi les erreurs des parents en matière d’éducation des enfants à la vie en société civilisée, soit par l’abandon des efforts dans ce sens, soit par l’encouragement du phénomène des «enfants-rois» à qui on apprend que tout leur est dû, qu’ils sont au-dessus des autres et que tout le monde doit se plier à leur volonté. Ces enfants grandissent et deviennent des adultes fortement individualistes. Nous sommes alors non seulement face à l’individualisme, mais frôlons l’incivisme généralisé dont nous pouvons constater les dégâts dans notre vie quotidienne. 

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