Économie

«Sois fort», «fais des efforts», «fais plaisir»…, nous portons tous en nous des messages contraignants qui nous viennent de l’enfance. Qu’on le veuille ou non, ces messages influencent aujourd’hui nos croyances, nos pensées, nos comportements et, par conséquent, notre vie professionnelle. Il convient ainsi de les identifier, les comprendre et les gérer pour améliorer la performance. Comment ? Quelques astuces avec Leïla Naïm, professeure chercheuse en communication et comportement, coach consultante senior et responsable du master RH à ESCA École de management.

Éco-Conseil : En quoi consistent les drivers et comment régissent-ils les comportements en entreprise ?
Leïla Naïm : Les drivers, plus connus en français sous l’appellation «messages contraignants», sont des types de comportements qui se construisent à partir des messages émis, dès l’enfance, par l’environnement. En d’autres termes, chaque collaborateur a reçu de son entourage des messages du type : «sois fort», «dépêche-toi» ou «fais des efforts». Ces messages influencent, qu’il le veuille ou non, sa façon de penser et sa manière de se comporter, notamment en entreprise. Ils s’insèrent dans ses croyances et deviennent ainsi la base de ses comportements. Ils sont au nombre de cinq : «sois parfait», «sois fort», «fais plaisir», «faire des efforts», «dépêche-toi». Le sujet est très important dans la mesure où les messages contraignants risquent de devenir des contraintes inconscientes mettant la personne sous grand stress et limitant ainsi ses actions et son bien-être en entreprise. Ils empêchent également de réussir dans la vie professionnelle puisqu’ils constituent, au fil du temps, des auto-sabotages de toute initiative et de tout projet.

Comment reconnaître les drivers qui freinent la performance et compromettent le bien-être d’un collaborateur ?
On reconnaît les drivers par le biais de l’observation du collaborateur et de sa façon de communiquer et de travailler en entreprise. Un collaborateur qui se met la pression et qui réclame la compréhension et l’intention est un collaborateur qui a développé le driver «sois parfait». Quelqu’un qui essaye de finir son travail très vite, qui stresse à cause des délais et qui ne prend pas son temps pour travailler est soumis au driver «dépêche-toi». Il s’agit, en d’autres termes, d’observer le comportement qui se répète chez le collaborateur et qui devient une source de stress, entravant son bien-être et son travail en entreprise. Ainsi, quand on arrive à identifier le driver qui freine la performance du collaborateur, il est important de mettre en place des actions pour l’aider à y faire face et à travailler dans un environnement propice à la réflexion.

Quels types d’action envisager pour gérer les drivers et améliorer les relations au travail ?
Un collaborateur qui a développé le driver «sois parfait» a besoin d’être rassuré quant à la qualité de son travail, surtout quand les choses vont mal. Il est important de le pousser à développer sa confiance en lui-même et en ses compétences, mais aussi de l’aider à dissocier le «faire» de l’«être». Face à un collaborateur qui a le driver «dépêche-toi», le manager doit fournir des efforts pour lui apprendre à prendre son temps, au lieu de rendre rapidement son travail, parfois bâclé. Certains experts vont jusqu’à conseiller aux managers d'autoriser à ce type de profil de perdre du temps au travail. Toutefois, il convient de définir des limites claires par rapport aux horaires de travail. Pour gérer le driver «fais des efforts», il suffit de montrer au collaborateur qu’on croit en lui et en sa capacité à réussir les différentes tâches et projets de l’entreprise. Il s’agit aussi de le soutenir et l'aider à dépasser les dévalorisations qu’il exprime vis-à-vis de lui-même dans chaque conversation. C’est par le biais de la communication qu’on arrive à gérer ce type de profil. «Sois fort» est plutôt un driver qui pousse le collaborateur à développer la peur d’être rejeté en refusant tout type d’amour inconditionnel. Ce profil a besoin de comprendre qu’on a remarqué son souci des autres et qu’on accepte de lui donner du temps. L’humour serait peut-être un outil puissant pour bien aider ce profil à réussir dans sa vie professionnelle. Enfin, le collaborateur ayant développé le driver «fais plaisir» a besoin d’apprendre à être autonome et à s’intéresser à ses propres besoins. Ici, la personne a plutôt besoin d’apprendre à dire «Non» quand il le faut. S’intéresser aux drivers des collaborateurs peut paraître une démarche inutile, mais à vrai dire elle est très importante en management des équipes. Un collaborateur qui se sent écouté, reconnu et compris ne peut que fournir des efforts pour l’entreprise. Rappelons, en guise de conclusion, que ce sont les collaborateurs satisfaits qui peuvent accompagner le développement de l’entreprise. Il est important de s’intéresser à chaque collaborateur, de comprendre ses besoins, tout en gardant à l'esprit que derrière chaque comportement, il y a certainement une intention positive. 

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