Économie

À l'heure où Uber conquiert des marchés de l'Afrique du Sud à l'Égypte, une petite compagnie de taxis high-tech s'impose peu à peu à Abidjan avec un concept qui détonne sur ce continent : des courses au prix fixé à l'avance, dans des taxis tout confort conduits par des chauffeurs salariés travaillant à des horaires cadrés. «Ouuuh ! C'est froid dedans», proteste le comédien Michel Gohou, sorte de Bourvil ivoirien, en découvrant un «Africab» dans une pub-sketch de cette entreprise qui propose des taxis climatisés, réservables, avec WiFi, géolocalisation permanente...

«Africab, c'est la nouvelle façon de se déplacer (...), en toute sécurité et en connaissant en avance le prix de sa course», lance Vangsy Goma, le PDG et fondateur de cette start-up lancée en février 2016.Tous les feux sont au vert pour la jeune entreprise : elle enregistre plus de 300 courses par jour et son chiffre d'affaires mensuel a triplé entre avril et septembre 2016, passant de 20 millions F CFA (30.000 euros) à 60 millions (100.000 euros) grâce à un portefeuille de clients professionnels qui explose.

Une course avec un Africab coûte certes plus cher qu'avec un taxi classique : au moins un tiers de plus pour un trajet intra-urbain en journée. Mais à certaines heures de la nuit, creuses et sans circulation, ou sur certains trajets précis, les voitures noires et jaunes d'Africab peuvent être plus compétitives qu'un taxi normal, a constaté l'AFP.
L'idée de créer Africab a germé en partie lors de déplacements à Abidjan, explique M. Goma, un Congolais formé aux États-Unis et en Europe et marié à une Ivoirienne.
«Quand je venais ici, j'avais souvent du mal à organiser mes déplacements. Il fallait sortir dans la rue, négocier... Ou sinon louer une voiture et affronter la circulation», se souvient-il. «Les voitures (taxis) étaient vétustes, elles avaient souvent plus de vingt ans», sans air conditionné et avec des chauffeurs «mal formés», selon lui.

Cours de bonne conduite

Avec Africab, «nous avons misé sur la qualité de service», explique Vangsy Goma. Les voitures de la compagnie sont toutes équipées de tablettes et de WiFi. Au siège de l'entreprise, un logiciel permet de les situer en temps réel sur une carte enrichie des adresses de ses clients ou de points connus dans Abidjan – une capitale qui, comme de nombreuses autres villes africaines, a très peu de noms de rues.
Pour réserver un Africab, on peut passer par une application dédiée ou réserver par téléphone – on ne peut pas héler ces taxis – et, petite coquetterie, l'entreprise ne fait de la publicité que sur internet et les réseaux sociaux. Le client peut choisir de payer en liquide ou par carte, ou encore via l'orange money (sur téléphone), ce qui est impossible dans les taxis normaux. L'ensemble du projet a nécessité 1 milliard de F CFA d'investissement (1,5 million d'euros), dont 800 millions (1,2 million d'euros) par des emprunts bancaires. Les voitures sont la propriété de l'entreprise et, différence notable avec les taxis, les chauffeurs sont tenus de respecter à la lettre le Code de la route. Rouler sur les trottoirs ou les bandes d'arrêt d'urgence pour éviter des embouteillages ? C'est interdit chez Africab, où, pour être engagés, les chauffeurs doivent repasser le code et suivre une formation de conduite, mais aussi des cours pour savoir comment se comporter, comment fonctionne le WiFi, etc.
«Le chauffeur a comme instruction de répondre aux questions et de ne faire la conversation que si le client le relance», souligne le PDG, qui dit garder un mauvais souvenir de taxis parisiens trop bavards à son goût.

«Tranquille»

Les chauffeurs touchent un salaire assez modeste d'un peu plus de 100.000 F CFA (150 euros). Mais Ahi Mian, 32 ans, dit y trouver son compte : «Pour moi, c'est mieux [qu'auparavant]. Ici, on a des horaires fixes et la voiture est climatisée. Mais surtout, il y a moins de stress. Quand tu es taxi [indépendant], tu dois donner 17.000 F CFA (25 euros) par jour au propriétaire de la voiture. Tu es toujours en train de chercher le gain. C'est vrai que certaines fois tu gagnes plus avec ton taxi, mais c'est beaucoup plus fatigant» qu'avec Africab.
Côté clients, Fatou Bamba, directrice de société, affirme que les véhicules sont «propres, confortables avec la connexion Internet, et surtout, on est en sécurité». «On est à l'aise et tranquille, on peut travailler», explique-t-elle à l'AFP. Un client qui est médecin, le Dr Tanoh, se félicite lui notamment de «la ponctualité» des Africab. Le fondateur de la start-up compte exporter son concept ailleurs en Afrique.

La Côte d'Ivoire est «un pays avec un marché, une forte population, de la consommation, un taux de croissance qui approche les 10% par an, donc il était intéressant de lancer Africab ici», dit-il.
Mais «comme son nom l'indique, on a pour projet de créer une véritable marque panafricaine». Des Africab devraient bientôt circuler au Togo et au Bénin, à Lomé et Cotonou. Et «il n'y a pas de limite : Dakar, l'Afrique centrale... partout où on sera désiré, Africab ira se développer», promet Vangsy Goma. 

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