Économie

Bank Al-Maghrib (BAM) a finalement décidé d’octroyer l’agrément pour la création de cinq banques participatives et l’autorisation de trois banques classiques, pour offrir des produits bancaires participatifs à leur clientèle.

Le timing de cette annonce vient juste après la déclaration du ministre des Finances, en décembre dernier, de la future mise en place par l’État marocain d’un marché des «Sukuks», une forme de placement Halal pour permettre aux banques participatives de placer leurs liquidités ou se refinancer.

La mise en place d’une règlementation des «Sukuks» est la condition sine qua non pour le lancement d’une activité de finance participative, car autrement l’établissement bancaire participatif serait incapable de placer ses excédents monétaires ou nourrir ses crédits.

La lecture du communiqué de BAM laisse apparaître la volonté de concilier plusieurs contraintes :
• Capitaliser sur un système bancaire fort et efficace, bâti sur plus de 60 ans, qui a accompagné le développement de l’économie marocaine, considéré comme le plus résilient en Afrique et qui constitue l’un des outils stratégiques des ambitions africaines du Royaume.

• Veiller à l’équilibre monétaire et financier, en évitant la création d’une situation de vases communicants, notamment la fuite des dépôts des banques classiques vers les nouvelles banques participatives, qui n’apporte aucune valeur ajoutée à l’économie. Le communiqué de BAM reprend les critères sur lesquels le comité d’octroi des agréments s’est basé, qui sont au nombre de 4 :

L’actionnariat.
La valeur ajoutée au marché marocain, en d’autres termes l’attraction d’investisseurs et capitaux additionnels grâce aux produits participatifs.
La gouvernance.
La gestion des risques.
La lecture attentive du communiqué montre qu’aucune banque à capitaux totalement étrangers n’a été autorisée. Les cinq banques qui ont reçu des agréments ont pour actionnaire principal, des banques à capitaux marocains, avec des banques partenaires du Golfe :

• CIH Bank avec la Qatar International Islamic Bank.

• BMCE Bank of Africa avec le groupe saoudi/bahreini Dalla Al baraka.

• Banque centrale Populaire avec le groupe saoudien Guidance.

• Crédit Agricole du Maroc avec ICD, filiale de la Banque islamique de développement et Attijariwafa bank qui dispose d’un véhicule en activité, Dar Assafa.

Par ailleurs, les filiales marocaines des banques internationales, essentiellement françaises, ont obtenu l’agrément pour ouvrir ce qui est appelé des «fenêtres» pour les produits participatifs. Il s’agit de la BMCI, filiale de BNP Paribas, du Crédit du Maroc, filiale du Crédit Agricole français et de la SGMB, filiale de la Société Générale France. Dans cette configuration, la même banque offre les produits classiques et offre en parallèle des produits conformes à la Charia, avec une formule de muraille de Chine entre les deux activités. Ce procédé est courant dans les principales places financières, notamment Londres et Paris, et permet une économie de coûts. Reste à savoir si le consommateur marocain sera séduit par cette offre de produits Halal par des banques classiques.

• Consacrer la spécificité marocaine d’un Islam du juste milieu, en rappelant la création par Dahir Royal d’un organe central appelé «Comité Charia pour la finance participative» dépendant du Conseil supérieur des Oulémas, seul habilité à émettre des fatwas sur la conformité des produits de la finance participative, ceci à la différence des autres pays qui ont prévu des instances internes au sein de chaque banque qui vont estampiller les produits «charia compliance», dont l’indépendance n’est pas toujours de mise.

• Le renforcement de la place de Casablanca Finance City (CFC) qui ne peut prétendre jouer son plein rôle, sans la possibilité d’offrir des produits conformes à la finance islamique.
La course est donc lancée pour démarrer cette activité de finance participative. Le chemin est toutefois long et semé d’embûches : on ne crée pas une banque comme on crée n’importe quelle entreprise. Mettre en place un système d’information conforme aux préceptes de la finance islamique, confectionner les produits et les faire valider par le comité Charia pour la finance participative, ouvrir des agences et surtout trouver les collaborateurs et cadres compétents pour cette activité ne seront pas chose aisée, surtout quand il s’agit de produits pour l’entreprise ou pour l’investissement. Deux acteurs semblent avoir une longueur d’avance. Attijariwafa bank qui a lancé depuis quelques années déjà sa filiale spécialisée Dar Assafa et les filiales domestiques des banques françaises, dont les maisons-mères ont un savoir-faire éprouvé dans ces produits.
Un autre obstacle est l’attitude du consommateur marocain, habitué aux offres de financement classiques. Il n’est pas certain qu’il optera pour un produit participatif dès lors qu’il aura à arbitrer entre ses convictions et son coût de financement.

À signaler aussi qu’une dernière pierre manque encore à l’édifice, l’assurance «Takaful», dont le dispositif est en cours de mise en place.
Dans un marché peu familiarisé avec les produits participatifs, on estime le délai à 10, voire 15 ans pour qu’il atteigne la maturité.
La finance participative a un bel avenir devant elle, pourvu que les acteurs s'y mettent dès à présent en ayant la vision de ce qu’elle apportera à l’économie et aux consommateurs marocains.

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